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GENEVIEVE HERVE / GINEVRA H
PIONNIÈRE DES IMAGES ÉLECTRONIQUES

Photographe et réalisatrice, Geneviève HERVÉ est une pionnière de la vidéo et des Images Électroniques. Née sur une frontière (Ambilly), elle grandit entre la Suisse et la France : Genève, Ferney Voltaire, le Genevois et la Côte d’Azur. Très tôt, tous les Arts l’intéressent. Son premier séjour en Italie à 17 ans et son amour pour la peinture italienne du Quatrocento à la Renaissance, influenceront sa vie artistique. Depuis son adolescence elle peint et pratique la photographie. Elle vient à Paris en 1972 pour poursuivre ses études de Lettres et Cinéma à la Sorbonne Nouvelle (ses professeurs Serge Daney, Pascal Bonitzer écrivent dans LES CAHIERS DU CINEMA), ainsi que les Séminaires de Jacques LACAN. Pour survivre elle fait un peu de mannequinat à Paris et en Italie. Elle se lie d’amitié avec Serge Lutens et Jean-Charles de Castelbajac. Parallèlement, elle séjourne aux Etats-Unis (Washington et New-York) et très régulièrement en Italie où elle côtoie réalisateurs et intellectuels parmi les plus importants de l’époque : Fellini (sur le tournage de CASANOVA), Bertolucci et sa scénariste Marie-Lù Parolini (sur le tournage de LA LUNA), Commencini, Pasolini, Fabbio Carpi, Danièle Huillet et Jean Marie Straub, mais aussi la bande à WARHOL (Joe d’Alessandro, VIVA SUPERSTAR, Luis Waldon) et celui qui deviendra un véritable ami, Glauber Rocha.

Elle est assistante à la mise en scène de MARC’O sur deux pièces de théâtre musicales dont il est l’auteur : L’Ombre de Verdi (théâtre d’Orsay/1975) et Le Triangle frappe encore (théâtre de Chaillot/1976).

En 1976 elle réalise son premier film Les Noms du Père (30’/16mm) grâce à l’aide de Jean-Louis BARRAULT qui met le théâtre d’Orsay à sa disposition. En 1977 elle écrit sa première (et unique) pièce de théâtre : LA BARRE, dont MARC’O signera la mise en scène. Cette pièce interprétée par MARIE-FRANCE, ORLA et Raphaelle DEVINS est une interrogation sur la Féminité à laquelle le Tout Paris avant-garde et punk (mais aussi Jacques LACAN) se presse à la première qui se prolonge en une méga-fête underground au Rose Bonbon, où elle se joue…

La même année, elle entreprend alors le tournage (de longue haleine) de sa première vidéo : L’Enjeu de L’Acteur, jusqu’en 1979. Ce document est articulé par un questionnaire-interviews de : Jean-Louis Barrault, Alfredo Arias, Michael Lonsdale, Bulle Ogier, Marc’O, Daniel Mesguich, Antoine Vitez, Fabrice Lucchini, Michèle Moretti, Catherine Ringer , Delphine Seyrig, Daniel Berlioux.

1979 est la date de ses premières Images et Portraits Electroniques.

En effet, c’est en réalisant L’Enjeu de l’Acteur qui constituait le document majeur d’une thèse de doctorat de Lettres, qu’elle rentre en contact avec L’INA (INSTITUT NATIONAL DE L’AUDIOVISUEL) où, au sein du GRI (Groupe de Recherche Image) elle apprend le montage vidéo et se familiarise avec les deux ordinateurs maison : le Truqueur Universel et le Spectron. C’est d’abord l’opéra-rock filmé : FLASHES ROUGES (dont elle est co-auteur avec MARC’O sur une musique de Stéphane VILAR), interprété par Catherine RINGER (qu’elle avait déjà fait tourner dans L’ENJEU DE L’ACTEUR et à laquelle suite à une représentation de FLASHES ROUGES au théâtre de Montreuil elle présentera Fred Chichin qui avait été fortement interpellé par ce spectacle et l’avait appelée. De ce jour là ils ne se quittèrent plus…et fondèrent ensuite les RITA MITSOUKO) qu’elle va traiter picturalement et en temps réel au moyen de ces deux ordinateurs. Plus d’une année de recherches intensives sur le traitement des images de cette réalisation aboutissent à un passage très remarqué dans l’émission rock d’Antoine de Caunes, CHORUS, et primé (Prix Antenne 1980), ainsi qu’à certaine maîtrise des effets spéciaux.

Dés 1980, avec la complicité d’un technicien, elle installe alors, au sein de l’INA, un véritable studio de traitement pour ses photos via ces deux ordinateurs. En particulier, l’installation d’une sortie du signal vidéo via un Kinescope sur lequel elle place son nikon, lui permet ainsi de photographier l’image peinte électroniquement. Le Truqueur Universel (dont l’inventeur s’appelle Francis Coupigny) permet alors de peindre l’image en utilisant le signal RVB et 9 niveaux de gris pour injecter manuellement les couleurs sur les zones choisies sur l’image. Le Spectron, lui, permet de créer une infinie de trames que l’on peut incruster sur des images fixes ou animées. L’orchestration de tous ces instruments lui donne dés lors la possibilité de faire toutes ses propres expérimentations et de créer peu à peu son style.

A partir de 1980, L’INA produit nombre de ses réalisations video. Œuvres, dans un premier temps, de recherche interactive entre le texte, l’interprétation et le traitement électronique de l’image : La Nef des Fous (présentée au Festival de Cannes 1981 dans Perspectives du Cinéma Français) et Notre Cuisine Japonaise (en co-réalisation avec MARC’O). Dans un deuxième temps ses VIDEOS DANSE de création : AEIOUXYZ (Primée au  Festival de Tokyo 1982 et diffusée dans HOUBA HOUBA), Cattiva Carmen et Spechhio qui seront diffusées  sur Antenne 2, au Centre Pompidou (VIDEODANSE) au Musée d’Art Moderne de Paris (ELECTRA) et dans de nombreux festivals.

Simultanément, Geneviève HERVE continue son œuvre photographique d’Images Electroniques. Alors qu’elle expose sa première photo au CENTRE POMPIDOU dans AUTOPORTRAIT (1981) son exposition IMAGE ELECTRONIQUE à la galerie Eric FABRE (1982) dévoile enfin au public l’explosion de ce que certains nomment alors “LES NOUVELLES IMAGES”. C’est un événement à laquelle une faune mélangée se presse, parmi lesquels sa muse (très présente dans la bonne centaine d’images présentées en tirages et diaporama que constituent l’exposition) Pascale OGIER exceptionnellement accompagnée d’Eric RHOMER qui dira à Geneviève HERVE qu’elle travaillait comme un peintre et que pour lui ses images étaient des tableaux ! De 1982 à 1984 elle réalise de nombreuses présentations électroniques pour l’émission d’Antoine de Caunes, HOUBA HOUBA dans Les Enfants du Rock ainsi que le générique de l’émission pour enfants RECREA 2. Elle signe la mise en scène de La Dernière Bande de Samuel BECKETT au Teatro DUE de Parme.

Elle poursuit ses travaux photographiques avec sa muse, mais aussi des paysages et portraits d’amis en Italie où elle vit une grande partie de l’année. Puis elle séjourne à New-York et fréquente assidument le STUDIO 54 et la DANCETERIA, elle y voit débuter MADONNA et se lie avec FUTURA 2000 et AFRICA BAMBATAA et réalise un clip sur leur titre THE WILDSTYLE (diffusé sur MTV). Elle fait quelques portraits privés et rentre à Paris pour performer avec son ami poète Corrado Costa à l’AMERICAN CENTER et au CENTRE POMPIDOU. Les italiens s’intéressent alors à son travail où Alfredo BINI (producteur des films de PASOLINI) la convie à montrer ses photos et vidéos au Festival de Catania ainsi qu’aux Rencontres Internationales Electroniques de Camerino auxquelles il convie entre autres le service de recherche en imagerie électronique de l’Armée Italienne (1983). Très Intéressée par ses images et d’une manière tout à fait exceptionnelle, l’Armée Italienne l’invite  à Milan pendant une journée à créer quelques images sur leurs ordinateurs maisons (février 1984) : ce seront les premières images de la Série LE COLLIER avec sa muse Pascale OGIER. En juin 1984 la télévision italienne lui demande, elle, de créer une vidéo-poésie, et de présenter depuis Paris, au public italien, les possibilités techniques et créatives de la première PAINTBOX européenne (puissant ordinateur pour les professionnels de la télévision, conçu par des peintres et ingénieurs anglais, doté de possibilités graphiques extraordinaires, d’un "pinceau électronique-stylet” et d’une sublime palette de 16 millions de couleurs, de multiples matériaux de "peinture virtuelle” qui reconstituent parfaitement l’huile, la gouache, l’aquarelle, le pastel, l’aérographe, et de centaines de possibilités graphique). Le stylet devient ainsi le pinceau de cette peinture virtuelle dont le résultat dépend uniquement de la volonté, de l’imagination et de la dextérité de celui qui le manie. Une création “assistée” donc  par ordinateur mais non pas “soumise” à celui-ci, l’artiste devant humblement, comme en peinture, acquérir la maîtrise de son outil. Geneviève HERVÉ réalise ainsi pour la RAI UNO, LEDA une vidéo-poésie électronique (dont les effets spéciaux sont réalisés pour la première fois sur la PAINT- BOX) sur un poème de Corrado Costa. (Août 1984) Elle peint alors aussi ses premiers portraits électroniques avec la PAINT-BOX.

En septembre 1984 Pascale OGIER obtient le Prix d’interprétation féminine au Festival de Venise, dont le président du jury est Michelangelo ANTONIONI, pour son rôle dans Les Nuits de la Pleine Lune d’Eric ROHMER. A son retour de Venise, Pascale, de sa voix cristalline confie ces mots à Geneviève : “Tu sais il y avait aussi un message pour toi Geneviève à Venise”(…) Michelangelo Antonionni a déclaré “Le devenir sera électronique, alors surtout continue tes recherches, n’abandonne jamais, même lorsque tu doutes ou es découragée, n’oublies pas : toujours à l’ouest !”.

Ce fut leur dernière conversation, Pascale OGIER décéda une semaine plus tard, au soir de son vingt-cinquième anniversaire…

Geneviève HERVÉ, elle, se consacre à la peinture (une série de toiles acryliques sur la danse qu’elle réinterprétera plus tard électroniquement à l’aide de la PAINT-BOX) et termine pour l’INA un portrait télévisuel de son ami photographe : Légendes et Femmes de Serge LUTENS. (Diffusion LES NUITS DE L’INA /1984). Une collaboration avec ce dernier pour des films publicitaires pour SHISEIDO s’ensuit jusqu’en 1988. Ils obtiendront de nombreux prix internationaux et celui de l’Image de l’UNESCO.

Entre 1986 et 1993 elle revient un peu à la photographie électronique et réalise de nouveaux portraits et séries avec la PAINTBOX, qu’elle loue à l’heure ou à la journée. Elle y affirme son style. Entre 1986 et 1988 elle collabore avec de prestigieuses revues : VOGUE France, VANITY, ACTUEL, GLOBE, AVENUE. En 1989 elle expose au Centre National de la Photo (Palais de Tokyo). Dans ces années là elle montre par ailleurs régulièrement ses photos et vidéos en Europe et au Japon et fait un long séjour en Inde. Elle réalise en video pour le CENTRE GEORGES POMPIDOU et CANAL J : Mojisola, Anna, Noam chez Les Magiciens de la Terre (4X13’) diffusé tous les jours durant deux mois sur CANAL J et sur une Installation dans le Forum du Centre durant quatre mois de juin à septembre 1989. Elle est lauréate du Prix Villa Médicis Hors les Murs pour ses images “De l’Italie Virtuelle”,  séjourne et expose à la galerie de la Villa Médicis en 1991. Elle continuera d’utiliser la PAINTBOX (ainsi que son ultime version à Rome) pour ses images sur “l’Inde, l’Italie et la France virtuelles” jusqu’en 1995.

Mais c’est sur un nouvel ordinateur, enfin “domestique” (Mac) et un nouveau logiciel anglais qu’elle peindra la fresque-hommage aux acteurs du cinéma international, PLANISTARS, qui sera exposée à Paris, Genève en 1995 ainsi que ses premières CYBSTARS au Palais du Festival de Cannes en 1996, lors des célébrations du centenaire du Cinéma. En effet, grâce à ces instruments moins onéreux, elle travaille désormais chez elle avec un Mac et le nouveau  logiciel anglais : PAINTER. Ce logiciel possède pratiquement  les mêmes fonctions que la PAINTBOX, il est certes un peu moins puissant que la PAINTBOX mais ses images coûtent enfin beaucoup, beaucoup moins cher à produire. Il lui permet aussi de se sentir plus “libre”  pour créer quand elle le veut. …

En 1997 Michelangelo ANTONIONI parraine depuis Rome de son Le devenir sera électronique l'exposition de Geneviève HERVE au STUDIO (Paris) pour célébrer le cinquantenaire du Festival de Cannes.

Habituée du Festival de Cannes depuis 1974, où elle se rend pour la première fois avec MARC’O et son grand ami Glauber ROCHA, Geneviève HERVÉ y retourne très régulièrement entre 1995 et 2007 pour d’une part photographier les stars sur les marches, photocalls et autres conférences de presse, afin de pouvoir les transformer avec son pinceau électronique en CYBSTARS mais aussi pour voir les films ou montrer ses réalisations : La Nef Des Fous présentée à PERSPECTIVES DU CINEMA en 1985 et en 2001, TIME OF PEACE (4x30') réalisation parrainée par Kofi ANNAN. Cette video faisait partie de l’événement multi-media du même nom qu’elle a conçu pour LES FETES DE GENEVE 2000 et pour marquer les esprits des 2 millions de spectateurs qui ont pu voir, en boucle, le film dans son intégralité durant quinze jours, sur deux écrans géants placés à chaque rive du lac. Une esplanade de la Paix avec les présences diplomatiques et humanitaires (UNHCR, CICR, MSF, TERRE DES HOMMES, ONU) ayant participé au film-concept s’installe sur la berge de l’hôtel de la Paix (où tant d’accords se signèrent) le 6 aôut 2000, soir du Feu d’artifice, pour écouter l’hymne électro-opéra LE TEMPS DE L’INNOCENCE dont elle est l’auteur. Les camions technos de la Lake Parade, démarrent symboliquement Place des Nations sur l’air de TIME OF PEACE

Cette réalisation, est aussi un hommage au père de Geneviève HERVÉ, résistant et militaire “Mort pour la France” à l’âge de 27 ans et qui oeuvra de chaque côté de la frontière avec l’abbé Rosay, dénoncé et arrêté dans sa paroisse, mort dans les camps ….

Du 1er mai au 6 juin 2007 se tient son exposition 60 CYBSTARS (une sélection de 60 portraits de stars qu’elle a tous photographiés à Cannes) au PALM BEACH de Cannes, lieu où se déroulaient les premiers Festival de Cinéma de Cannes, pour en célébrer le soixantième anniversaire. Pour cette occasion elle signera sous son autre nom d’artiste : GINEVRA H.

En 2008 certaines de ses video-danses sont montrées au musée du JEU DE PAUME à Paris et une mini rétrospective de ses images : De l’Ombre naturelle à la Lumière Electronique est présentée à la galerie M2N, exposition que Geneviève HERVÉ dédie à Kay ANTONELLI et Frances BACON les deux américaines qui inventèrent le premier ordinateur. Son premier film (16mm) Les Noms du Père est présenté au Festival CHERIES-CHERIS à Paris en octobre 2011. Un fond Geneviève Hervé comprenant toutes les videos et autres réalisations est constitué pour la Bibliothéque Nationale de France.

Quelques-unes de ses videos sont aussi visibles sur YOUTUBE.

Ces dernières années Geneviève HERVÉ continue à peindre avec PAINTER d’autres Images Électroniques issues de ses voyages en Europe et aux Etats-Unis ou des japonaises en précieux kimonos et des cerisiers en fleurs franco-suisses… Ses derniers Cyber-portraits : Erro, Tarantino, Killie Minogue, Natalia Vodianova, Mustapha Safouan, Lisa Edelstein, Mareva Galanter, Nanos Valaoritis, Carla Bruni, Eliane Thielland, Melanie Thierry, Marie France, Les Pandas du Zoo de Vienne, ainsi que les fleurs du square Anne Franck ou le château de Chantilly feront partie de ses prochaines expositions.

Elle travaille actuellement sur un projet de clip-hommage à Romy Schneider, à partir d’une chanson originale de Pierre Grillet.